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LE RELAIS DE POSTE :
Itinéraire d’un voyageur…
La berline s’est arrêtée dans la ville de Houdan, pour relayer :
« C’est un gouvernement particulier : la petite rivière Opton la traverse : on y fabrique une quantité de bas de laine qu’on envoie à Paris. Il s’y tient une foire au mois de juillet »
Arrivé à ce point de sa lecture, l’un des voyageurs, impatient de repartir, se penche vers la portière et jette
un regard à travers la vitre pour apercevoir le postillon et les domestiques qui se hâtent à réformer l’attelage avec des chevaux rafraîchis. Rassuré, il reprend sa position dans l’angle de la voiture et poursuit sa lecture de son « Guide portatif des environs de Paris, édition 1791 » qu’il s’est procuré rue du Petit Carreau avant de monter dans le « carrosse » de Paris à Dreux. Voici les rensignements qu’il trouve à la page 87 sur la route qu’il va emprunter pour gagner Dreux :
« A partir de Houdan. Sortez de cette ville du côté de l’église Saint Jean, montez la côte, laissez à votre droite le chemin d’Anet qi passe à Orval, Château trois quart de lieue de la route, et les villages de THionvile, une demie lieue, d’Annemarie, trois quart de lieue, Saint Projet et Boutigny une lieue à gauche sur la rivière d’Opton. D’houdan allez à Goussainiville, village avec un prieuré, une lieue. Laissez en y allant, deux cents toises à droite le hameau de la Forêt ; et à gauche, le village de Champagne une demie lieue.
De Goussainville allez à Marolles, hameau, une lieue chemin faisant, regardez le village d’Havelu une demi lieue, et une demie lieue plus loin le bourg de Bû auprès du moulin à vent ; et étant près de Marolles, Marchezays village est un quart de lieue à droite l’on voit le village de Broué, le château de Badonville et le hameau de Bécheret une demie lieue à gauche.

De Marolles, allez à la Mésangère , hameau, une demi-lieue. En sortant de Marolles laissez un petit bois à gauche.
Arrivez à l'avenue qui passe entre le grand et le petit Serville village qui conduit au village et au château d'Abondant une lieue et un quart à droite et à gauche à une demie lieue le château d'Orvilliers.
De la Mésangère allez à Chérizy une demie lieue laissez Raville hameau un quart de lieue à droite descendez la côte et entrez dans Chérisy. De Chérisy allez à Dreux, une lieue. En quittant Chérizy, passez la rivière d'Eure, étant sur le pont voyez Ste Beaume, prieuré, un quart de lieueSt Siphorien, Maizières et Luray, villages à trois quarts de lieue sur la rivièreà gauche du côté sud. Traversez la prairie, montez la côte, passez auprès de la ferme de Chatelets à droite et laissez à gauche le château et le parc de Condeville cent toises ; descendez la montagne, passez à travers la prairie, arrivez au faubourg et à l'église Saint Jean. Laissez la route de Bretagne à gauche et entrez dans la ville de Dreux, une demie lieue de la Mésangère, dix neuf lieues et demi de Paris »
Jusqu'en 1782, ceux qui couraient la poste sur la route de Bretagne entre Houdan et Dreux devaient parcourir d'une traite les deux postes (doit environ cinq lieues) qui séparaient les deux villes. Cela avait l'inconvénient de fatiguer les chevaux incapables de tenir le galop sur une si longue distance. Or le temps réglementaire pour changer les chevaux au relaisétant de cinq minutes pendant le jour, cette perte de temps était largement compensée par la vélocité des animaux rafraîchis. Le hameau de Marolles dépendant de la commune de Broué, et situé à mi-parcours fut donc choisi pour installer un nouveau relais. On le plaça au milieu des maisons réparties de part et d'autre de la route de Paris à Brest, très droite en cet endroit, et près d'une grande mare pour servir d'abreuvoir.
Par la suite la configuration des lieux ne changera pas et le plan cadastral de 1834 nous donne une idée exacte de la disposition des bâtiments et des cours dans un ensemble qui regroupe non seulement le relais de poste, mais aussi une ferme et ses dépendances.
La poste aux chevaux de Marolles fermera définitivement sa grande porte cochère en 1870, mais plusieurs bâtiments subsistent encore aujourd'hui, sans avoir subi de grandes modifications. En particulier, la maison habitée par le maître de poste qui se trouve à l'angle de la nationale 12 et de la D21 qui relie Marolles à Broué, ainsi que la longue façade en pierres blanches percée par un immense porche possédant encore ses bornes chasse-roues et bordée par un trottoir dont les pavés datent de l'époque des diligences. Les bâtiments sont toujours habités.
En consultant le registre d'ordre et de discipline du relais de marolles, conservé au musée de Dreux, il est possible d'imaginer l'activité qui y régnait, d'après les rapports des inspecteurs des postes en tournée entre le 19 mai 1804 et la 27 mai 1847. Sont consignés dans ce registre réglementaire, le nombre de chevaux présents dans les écuries, le nombre et les noms des postillons et éventuellement les observations faites par l'inspecteur ou les plaintes déposées par les voyageurs.
C'est ainsi que l'on constate que le nombre des chevaux ne cessent d'augmenter entre 1804 et 1845 passant de 15 à 37. A partir de 1814, l'inspecteur fait la distinction entre les « chevaux nécessaires au service de la poste » et ceux qui sont utilisés pour atteler les diligences ou pour les travaux des champs.
Avec « 15 chevaux nécessaires », nombre invariable pendant quarante ans, le service de la poste a atteint dès les premières années du 19ème siècle un niveau qui ne variera pas jusqu'à l'avènement du chemin de fer.
Par contre, l'augmentation progressive du nombre de chevaux réservés aux diligences (entre 15 et 20) est bien l'indice d'un accroissement important de la fréquence de passage de ces véhicules parallèlement, l'effectif du personnel d'accompagnement (postillons en rang, postillons de diligence, monteurs à défaut) passe de 3 en 1804 à 6 puis 7 en 1842.
Le registre d'ordre et de discipline nous donne aussi quelques indications sur les postillons en rang.
En général, ce sont des hommes qui ont débuté jeunes dans le métier, entre 16 et 20 ans pour la plupart. Plusieurs courront la poste plus de vingt ans sans quitter leur relais d'origine. Deux d'entre eux appartiennent à des familles de postillons, les fils prenant la suite de leur père au relais de Marolles.
Le relais ferma avec l'arrivée de la voie ferrée et la création de la gare en 1864.
Ce progrès fut très longtemps critiqué par la population locale car les machines à vapeur de l'époque avaient le défaut de projeter des escarbilles par les cheminées, et de provoquer des incendies de plaine durant l été pendant la moisson.

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